Ce texte fait partie du cahier spécial Leadership au féminin
Les préjugés entourant la sexualité des femmes aînées persistent, au point que celles-ci sont parfois perçues comme des êtres asexuels. Un projet issu des milieux communautaires et de la recherche a vu le jour afin de changer la donne et d’identifier leurs besoins sur le plan de la sexualité.
La sexualité des femmes aînées reste souvent cantonnée au domaine de l’invisible. Afin de contrer les préjugés à l’origine du tabou que représente leur sexualité, Isabelle Wallach, anthropologue et professeure au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a développé un projet de recherche-action en partenariat avec des organismes communautaires de femmes et le regroupement L’R des centres de femmes du Québec. Le projet, intitulé « La sexualité des femmes aînées : des besoins aux pratiques d’intervention », vise à identifier et à mieux connaître leurs besoins en matière de sexualité.
La société « imagine mal que [les aînés] puissent encore être intéressés par la sexualité », car elle est associée à la reproduction et à la jeunesse, explique la chercheuse. Les femmes aînées perdent leur fonction reproductive après la ménopause, ce qui renforce encore cette idée préconçue.
Elle ajoute que les standards sociaux de beauté véhiculent aussi des préjugés selon lesquels un corps parfait est nécessaire pour être désirable et qu’il n’y aurait donc pas d’intérêt à poursuivre des activités sexuelles avec l’âge. Les femmes souffrent davantage que les hommes de ne pas correspondre à ces normes de beauté, car leur vieillissement est socialement moins bien accepté.
La vision normative de l’expression des pratiques sexuelles accentue également ces préjugés, souligne encore Mme Wallach. La chercheuse insiste à cet égard sur la grande diversité des expériences, qu’elles soient hétérosexuelles ou issues de la diversité sexuelle. La sexualité des personnes aînées peut être différente, notamment en raison des changements physiologiques et d’éventuelles limitations physiques qui peuvent survenir, rappelle-t-elle.
La professeure ajoute que considérer les femmes aînées comme étant inactives sexuellement peut nuire à leur santé. Cela ne permet pas de discuter des violences sexuelles ou des problématiques en lien avec la santé sexuelle, telles que les risques d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Face à ce tabou, certaines femmes aînées conservant un intérêt pour la sexualité risquent d’intérioriser des préjugés âgistes et d’éprouver des sentiments négatifs, comme la honte ou la culpabilité. Pourtant, comme le rappelle la chercheuse, « tout le monde a droit à une sexualité ».
En collectant des données par le moyen d’entrevues et d’activités, la recherche-action vise à identifier les besoins des femmes aînées sur le plan de la sexualité et à répertorier les pratiques d’intervention déjà existantes. Ce faisant, le projet ambitionne de contribuer à déconstruire ces préjugés et, selon son évolution, d’élaborer un guide d’animation qui pourra être utilisé par les centres de femmes comme approche d’intervention, rapporte Isabelle Wallach. La chercheuse souhaite que les résultats du projet « puissent aiguiller les décideurs politiques », peut-on lire sur le site de l’UQAM.
Parmi les activités mises sur pied dans le cadre de la recherche, et auxquelles un groupe de femmes hétérosexuelles et un groupe de femmes lesbiennes ont participé, la méthode dite photovoix s’est avérée particulièrement pertinente dans la déconstruction des préjugés. Cette méthode de collecte de données consiste à prendre des photographies pour documenter le vécu des participantes sur des thématiques entourant la sexualité. En plus de leur conférer du pouvoir à l’égard de leur sexualité, cette méthode participative a permis de « redonner une voix aux femmes [aînées] à travers l’image ». Ce partage a créé un espace qui n’existe pas dans la société pour parler librement de sexualité, ce qui a été libérateur, affirme Mme Wallach.
Dorette Mekamdjio est directrice du Centre des femmes de Montréal-Est/Pointe-aux-Trembles, centre partenaire du projet au sein duquel s’est déroulée l’activité. Les femmes aînées, qui viennent pour briser l’isolement, constituent la majeure partie de sa clientèle de jour et n’abordent habituellement pas les questions inhérentes à la sexualité. Dans la société, « elles sont [livrées] à elles-mêmes », malgré le besoin et le désir d’en parler, ce qui nuit à leur épanouissement, rapporte la directrice.
Elle espère que la collaboration de l’organisme avec Isabelle Wallach rendra à ces femmes un sentiment de confiance et de liberté.
Chez les adolescents, les filles cisgenres (personne dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance) ont significativement moins de chances d’atteindre l’orgasme que les garçons cisgenres, que ce soit avec un partenaire ou par la masturbation. C’est ce qu’indique une nouvelle étude, première du genre, publiée dans la revue Archives of Sexual Behavior, menée sur 2800 jeunes Québécois par Alice Girouard dans le cadre de son doctorat en psychologie à l’Université de Montréal. Les filles auraient presque deux fois moins de chances que les garçons d’atteindre l’orgasme par la masturbation. Ce résultat, qu’on ne retrouve qu’à l’adolescence, signifie qu’elles ne connaissent pas leur anatomie et que le tabou de la masturbation pourrait susciter un sentiment de honte, explique Mme Girouard.
Le décalage entre le plaisir des garçons et celui des filles s’explique en partie, sur le plan psychosocial, par ce que la recherche appelle « les scripts sexuels traditionnels », soit une représentation de la sexualité selon laquelle les femmes et les filles ont un rôle de « gardiennes de la sexualité ». Ces scripts laissent entendre également que la pénétration vaginale revêt une importance primordiale et que l’orgasme des garçons cisgenres signale la fin du rapport sexuel. C’est la raison pour laquelle Alice Girouard appelle à une éducation sexuelle plus inclusive, adaptée à la diversité des expériences adolescentes, et positive.
Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. Les journalistes de la rédaction du Devoir n’y ont pas pris part.
Écrit par : Marie-Hélène Dufays Marinescu, Collaboration spéciale
Publié le 8 mars 2025
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